Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ Mobilisation à Saint-Céré où élus, fonctionnaires territoriaux, militants et « simples » citoyens veulent dénoncer le recul des services de l’État (en l’occurrence, une réorganisation du centre des finances). Mais la ruralité, où plutôt les territoires ruraux _ car les réalités au quotidien diffèrent du Ségala à la Bouriane en passant par le Quercy Blanc ou les Causses _ et le Lot en général ont désormais à se battre sur tous les fronts. Du train à la carte scolaire en passant par les services de santé ou l’accès au haut débit, sans parler du prix du carburant, liste évidemment non exhaustive, « vivre et travailler au pays » (selon un slogan de jadis) ou vouloir venir y vivre n’a jamais été aussi compliqué. C’est un défi, chaque jour. La manifestation de lundi n’est qu’un énième avertissement. Quand ce n’est pas l’État qui serre la vis ou réduit la voilure, c’est parfois le privé qui enclenche la marche arrière (souvenez-vous des mobilisations contre la fermeture d’agences bancaires). Bref. Et que le Lot ne soit pas le seul département concerné n’est pas une consolation. « Reste à savoir si lors des discussions budgétaires des semaines à venir et lors de la campagne électorale, ces sujets seront à l’ordre du jour » questionne Sibelle. A votre avis ?
Mardi._ Grogne aussi, dans l’ensemble du pays, chez les pompiers. C’est un peu le remake de 2020 quand tout un chacun applaudissait les soignants le soir, depuis sa fenêtre, alors que sévissait la pandémie. Et une fois le confinement levé, une fois les urgences un peu moins saturées, on a regardé ailleurs. Cette fois, donc, il s’agit des soldats du feu. Admirés, encouragés, objets de toutes les attentions lors des terribles incendies de juillet et août, notamment en Gironde, ils se sentent aujourd’hui en quelque sorte floués. Ils disent manquer de matériels, d’effectifs. Ils demandent que les promesses soient tenues. « Décidément, la fameuse citation de Jacques Chirac n’en finira jamais d’être d’actualité » soupire ma protégée féline. Que disait l’ancien président ? Ceci : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. » C’est cru, certes, dans tous les sens du terme.
Mercredi._ Je découvre sur la version numérique de France Info que Jules Ferry, Jacques Prévert et Jean Jaurès seraient les noms les plus donnés aux écoles dans notre pays, que pour les collèges, Jean Moulin serait en tête devant Antoine de Saint-Exupéry et que pour les lycées, Jean Monnet coifferait les précédents. Des politiques (de premier plan), un héros de la résistance et des poètes. On admettra que dans ce contexte, le Lot joue plutôt la carte de l’originalité et/ou de l’ancrage local. Avec une mention particulière pour Souillac et son lycée Louis Vicat (qui était originaire de Nevers). « L’ingénieur a conçu à Souillac le premier pont au monde construit avec un ciment artificiel » dois-je expliquer à Sibelle. Ledit ouvrage fut achevé en 1824. Ce que l’on sait moins, c’est que cet esprit brillant ne songea pas un instant à faire breveter sa découverte et qu’en retour, l’État lui attribua une rente et la Légion d’honneur.
Jeudi._ Un appel est lancé afin que pendant les travaux de la place Chapou, les habitués des Halles de Cahors conservent, précisément, leurs bonnes habitudes. Un souhait qui peut être élargi aux commerce de toute la partie « est » de la cité, la plus ancienne, alors que le marché est désormais installé sur la partie « ouest ». Dans la boucle du Lot, le boulevard Gambetta fait office de petite frontière. A Paris, il y a la rive droite et la rive gauche. A Cahors, on retrouve d’une certaine façon cette dichotomie. Sibelle est pensive. Elle se souvient de ces mots de Patrick Modiano : « Grâce à la topographie d’une ville, c’est toute votre vie qui vous revient à la mémoire par couches successives. » J’ai eu l’opportunité de le vérifier moi-même. Y compris à l’échelle d’un village, il y a des rues, des places, parfois simplement quelques dizaines de mètres de trottoirs qui vous ramènent à des pans entiers de l’enfance, ou à des visages qui ont illuminé une partie de votre vie. A quelle date ai-je pour la première fois découvert Cahors ? Il y a une trentaine d’années, déjà. C’était en été. Sans doute pour cette raison, je n’aime marcher dans Cahors qu’à la belle saison.
Vendredi._ Le festival des Meules Bleues bat son plein. Passé du lointain parc des expositions à la plaine de Labéraudie, ce qui lui donne presque étonnamment un parfum bucolique, à l’arrière des boutiques de la zone commerciale, l’événement accueille notamment Bénabar, ce samedi soir. Pas le moment de passer son tour en reprenant les paroles du succès de Bénabar, dans le Dîner : « On s’en fout, on n’y va pas / On n’a qu’à s’cacher sous les draps / On commandera des pizzas / Toi, la télé et moi / On appelle, on s’excuse / On improvise, on trouve quelqu’chose / On n’a qu’à dire à tes amis Qu’on les aime pas et puis tant pis… »
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