Le porteur de projet s’interroge sur l’avenir du territoire et donne sa version des faits.
Un Luzéchois revenu au pays pour lui redonner des couleurs. L’histoire avait tout pour être belle… et pourrait s’achever dans une impasse. Edouard Carle, entrepreneur engagé, dont la famille est implantée dans le village de Luzech depuis six générations, ne cache plus sa déception pour ne pas dire plus… Et pourtant, il y a un an, il ne comptait pas lâcher les projets qui lui tenaient à coeur en particulier celui de la base de Caïx (lire notre article ici) mais un énième revirement a provoqué son désengagement. Aujourd’hui, il dresse un bilan sévère sur l’évolution du village qu’il observe depuis 48 ans, estimant qu’elle ne va pas dans le bon sens, avec un constat de perte de vitalité du centre de Luzech qu’il faisait déjà en 2020. L’entrepreneur revient d’abord sur la chronologie du projet d’Ecolot à Caïx :
2017–2019 : la commune de Luzech constitue un groupe de travail dédié à l’avenir de la base nautique de Caïx, accompagné par un cabinet externe financé par la collectivité. Ce groupe aboutit à une proposition unique déclinée en 9 scénarios évolutifs, dont le dernier incluait l’installation d’un Wake-Parc.
2020 : Après le premier confinement du Covid, j’élabore un projet plus large pour toute la vallée, Atout Lot, décliné en 3 sous-projets entre Caïx, Luzech et Albas.
2021–2023 : je rencontre un par un l’ensemble des élus de la Communauté de communes de la Vallée du Lot et du Vignoble (CCVLV) pour présenter mon constat et proposer mon aide.
Mai 2023 (un mois avant la signature) : la municipalité retire du projet de PLUi, sur la zone du Gué de Caïx, une zone dite « STECAL » (Secteur de Taille et de Capacité d’Accueil Limitées), zone spéciale prévue par le code de l’urbanisme français, pourtant nécessaire à l’implantation des pylônes du Wake-Parc sur les berges.
Juin 2023 : le conseil municipal soutient le projet à l’unanimité. Les élus de Luzech me sollicitent pour mettre en place leur projet de la base nautique. Je propose d’abord une société d’économie mixte (SEM), qui aurait laissé le contrôle majoritaire et la décision finale à la Ville ; celle-ci a préfèré une convention d’occupation.
Juin 2023 : signature de la convention d’occupation de 30 ans entre la Ville et Ecolot, société créée pour le projet, avec une douzaine de recrutements locaux. Elle prévoit une période de « précarité » de 3 ans, durant laquelle chaque partie doit remplir des engagements avant de passer à une exploitation longue durée de 27 ans.
2023–2026 : Ecolot investit plusieurs centaines de milliers d’euros pour la mise aux normes du restaurant et l’achat de matériel, puis plus d’un million d’euros au total pour financer les études du Wake-Parc, prévu pour la saison 2027.
Printemps 2025 : Le conseil municipal régularise une situation juridique concernant certaines parcelles de la base nautique, initialement présentées dans la convention comme relevant du domaine public de la Ville alors qu’elles relevaient, selon moi, du domaine privé — ce qui aurait pu empêcher légalement d’y accueillir du public.
Avril 2025 : le maire de Luzech vient m’annoncer sa décision de se représenter pour les élections à venir, sans pour autant inclure un de mes projets Atout Lot dans son programme, alors que 2 sur 3 sont à Luzech. Cependant, conscient d’abord du chevauchement de calendrier entre les élections municipales et la fin de la « précarité » de la convention d’Ecolot (juin 26) mais aussi parce qu’ils savaient déjà tous, élus et conseillers, que la mairie ne remplirait pas ses engagements. Le maire me garantit la mise en place d’un avenant à la convention avant les élections afin de nous permettre de rouvrir correctement la base pour la saison.
Avril 2026 : 1 mois après les élections municipales, la Ville renonce au projet de Wake-Parc par un vote à la majorité et oblige Ecolot à une redevance annuelle à compter de 2027. De plus, la municipalité finit par proposer à Ecolot un avenant fin avril 2026, réduisant la durée initiale de 30 ans à une durée de 6 mois, pour la réouverture, soudainement pressante, de la base pour la saison en cours. Face à cette injustice et ce gaspillage, je décide, en accord avec les équipes et associés d’Ecolot, d’arrêter « l’hémorragie » et me sens contraint par la ville de devoir mettre fin à la convention d’occupation.
30 mai 2026 : date limite à laquelle la commune s’était engagée à avoir entièrement refait le restaurant — engagement non tenu et constaté sur place. La ville a privilégié la Tour de l’Impernal au détriment de son engagement de refaire le restaurant. Elle savait très bien qu’un seul dossier de demande de subvention pouvait être déposé, elle en a déposé 2 !
Et de préciser :
« C’est du grand n’importe quoi de A à Z. L’engagement de la commune, labellisée « Petites villes de demain », à refaire le restaurant était conditionné à l’obtention de subventions de l’Etat, sauf que, sur la même période et dans le même cadre légal, et alors que la préfecture l’avait alerté sur la non-conformité de dépôt de 2 dossiers de demande de subventions sur la même année, une deuxième demande de subvention supplémentaire pour la réfection de la Tour a été faite, la même année que celle faite pour le restaurant, ce qui a forcément fragilisé le dossier de demande de subventions pour restaurant, au point de le remettre en question ! Quel gâchis ! Cet été, le restaurant est fermé et je ne vois pas comment il pourrait rouvrir, les conditions de travail n’y sont plus réunies… C’est pire pour le Wake-Parc… qui devait être installé sur les berges et non dans l’eau comme le prétendaient certains opposants qui n’ont même pas voulu se déplacer sur un département voisin pour voir un Wake-Parc créé et géré par le département et une Communauté de communes. Le plan d’eau à Caïx était parfaitement adapté pour accueillir ce type d’installation qui aurait été une des premières sur rivière en France. Nous aurions attiré tous les jeunes de la Vallée autour de la glisse sur le Lot. D’ailleurs vous avez certainement vu que les derniers championnats de France de wakeboard ont eu lieu en juillet dernier sur le Lac de l’Isle-Jourdain dans le Gers. Tout comme les championnats du monde 2026 qui se sont tenus du 3 au 8 août dernier au Lago Del Salto à Rieti, en Italie et où la France s’est bien illustrée en U14 filles avec un doublé historique de Manon Duparchy sacrée championne du monde et Joanne Courand vice-championne du monde. Enfin, nous avons même un jeune espoir français lotois Maxime Roux déjà sacré champion du monde et double champion d’Europe U14 en 2018. Pour Caïx, nous avions retenu l’entreprise allemande RIXEN, leader du secteur, et le financement avait été pré-validé par une banque. Mais une fois les études favorables réunies, nous avons découvert de nombreuses irrégularités et oublis des services des collectivités lors de l’élaboration de son PLUI, empêchant le dépôt des demandes d’autorisation, liées entre-autre, au retrait de la zone STECAL décidé en mai 2023 — un mois avant que la Ville ne signe une convention qui engageait justement Ecolot à réaliser le Wake-parc. Une procédure de modification du PLUi a depuis été lancée, avec une nouvelle enquête publique, dans laquelle l’enquêteur demande aux services des collectivités de répondre aux objections des opposants… et là j’invite à prendre connaissance de ces commentaires dans le rapport d’enquête à compter de la 9e page (https://ccvlv.fr/wp-content/uploads/RAPPORTCCVLVREVISION.pdf ou https://ccvlv.fr/ouverture-de-lenquete-publique-plui/). Que vient faire mon nom dans ce rapport qui présuppose que je suis propriétaire des parcelles du Gué de Caïx ? C’est de la manipulation, c’est du grand n’importe quoi ! Je n’avais encore jamais rencontré une telle situation de gestion de l’argent public et privé. On assiste à un grand gaspillage financier alors que nous avons des besoins partout sur le village. » Edouard Carle souligne que « pour le moment il ne veut plus investir à Luzech » ne cachant pas son inquiétude, d’abord pour les Rigolotes qui fermera ses portes prochainement, entre autre, en raison de l’absence de cohérence globale d’attractivité du village, ensuite pour l’avenir de l’ensemble des commerçants dont je souhaite saluer ici le courage et l’énergie qu’ils déploient pour rester en vie !
Et de conclure : « Je ne porterai pas l’affaire devant le tribunal administratif par attachement pour mon village et par rapport à mon grand-père, André Carle*. Et je considère que ce n’est pas aux Luzechois d’assumer ces erreurs. Je signalerai cependant à la préfecture la gestion de ce dossier par la municipalité et la Communauté de communes. En fait, la mairie de Luzech s’est engagée dans cette convention avec Ecolot alors qu’elle savait pertinemment et d’avance qu’elle n’allait pas la respecter…seul un élu courageux a fini par le reconnaître. Dans le Lot, quand nous n’aurons plus de projets nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer ! Les Lotois doivent se remettre en question et adopter une culture bienveillante d’accueil du tourisme. Qu’on le veuille ou pas c’est bien le tourisme qui est devenu la première richesse du Département et plus l’agriculture, malheureusement. En revanche je crois fortement qu’accueillir le tourisme peut sauver notre agriculture et notre viticulture. Les Lotois doivent s’interroger sur l’avenir de notre territoire : faut-il soutenir les porteurs de projets ? ou laisser se poursuivre le vieillissement de la population, la fermeture des commerces et écoles, et le départ de la jeunesse… ? »
> Edouard Carle aspire maintenant à une pause temporaire après l’énergie dépensée sur le dossier de Caïx mais il ne compte pas laisser tomber ses autres projets sur d’autres villages de la Vallée où il se sent mieux accueilli.
* ancien maire de Luzech





