Souvenirs, souvenirs…
« La mort des discothèques … Il y avait un parfum particulier, avant même d’entrer. Un mélange de fumée froide, de bière renversée, de parfum trop fort et d’attente. » J’ai lu récemment sur internet un très beau texte sur les boîtes de nuit du siècle dernier : lieux de rencontres, d’échanges, de vie, ces endroits ont quasiment disparu aujourd’hui, remplacés par de tristes écrans … On ne danse plus aujourd’hui, ou si peu, alors qu’il y a quelques décennies, la danse était une expression plus ou moins artistique pratiquée par toutes les générations : de la valse ou du tango de nos grands-parents, au rock-and-roll, au twist ou au jerk des plus jeunes, tout le monde dansait à chaque occasion. Et les lieux dédiés à la danse étaient nombreux à Cahors et aux environs. Ayant vécu cette période heureuse, j’ai essayé, tant que ma mémoire ne me fait pas trop défaut, d’en dresser une liste, sûrement pas exhaustive, et enrichie de quelques anecdotes afin de faire connaître aux plus jeunes et de rappeler aux plus anciens ce temps béni de leurs jeunes années.
– L’ancêtre : L’Eldorado
Sur l’emplacement actuel du Chai, l’auberge de jeunesse cadurcienne, la famille Piéron avait transformé un entrepôt en dancing, à la fin, je pense des années 50. Tous les week-ends, les orchestres s’y succédaient et les cadurciens y venaient passer la soirée. Je ne sais pas quand ce lieu a cessé d’exister.
– Le Bordeaux
Avant de se transporter sur son emplacement actuel, le Café de Bordeaux était situé face à la mairie, là où se trouve la Banque Populaire. C’était LE café de Cahors, siège du Rugby, dirigé de main de maître par Jean Pechmalbec. Dans l’arrière-salle avait été aménagé un dancing où, tous les dimanches après-midi après les matchs et souvent le samedi soir, on venait danser au son de l’orchestre de Jimmy Rena. Et là, supporters, joueurs, dirigeants célébraient les victoires du Stade Cadurcien, grand club de rugby de l’époque.
– Le Chalet Fleuri
Au bord du Lot sur le chemin de Coty a existé pendant quelques années une guinguette à la réputation un peu sulfureuse … On y faisait, paraît-il, des rencontres faciles ! Mais chut ! C’est du passé.
– Le Tic-Tac … La Chartreuse
Au milieu des années 60, Monsieur Gardillou, le grand-père de Philippe, propriétaire actuel de l’Interlude, a quitté son établissement de la rue de la Préfecture pour s’installer sur l’ancien moulin de la Chartreuse où il existait déjà un dancing appelé le Tic-Tac et y créer un restaurant. Bien sûr on y mangeait bien et copieusement mais surtout, tous les week-ends, dimanches après-midi compris, il y avait un orchestre et ça dansait ! Tous les orchestres lotois s’y sont succédés : Bob Louvois, Raphael Lucas et, comme la mode musicale était en train de changer, pas mal de jeunes groupes ont pu s’y produire : l’Evening Quartet des frères montalbanais Auzel, le Midnight Quartet de Pierre Cammas, Pierre Maisonneuve, Alain Randhaxe et Baby Mendailles et d’autres encore. Cet endroit a été vraiment le premier lieu où les jeunes cadurciens ont pu venir danser et faire la fête.
– Le Copenhague
Fin 1966, Ginette et Georges Rolland (les parents de Gérard le champion de moto) décidèrent de créer la première boîte de nuit de Cahors, sous le Café Le Tivoli (actuellement le Bureau) dont ils étaient propriétaires. Ils aménagèrent une belle mais pas très grande cave voûtée, et le succès fut immédiat. Le club, ouvert même le dimanche après-midi était souvent bondé et la jeunesse cadurcienne y dansait jusqu’à l’aube au son des Beatles ou des Stones. Ce fut vraiment le premier et pendant longtemps le seul night-club de Cahors.
– Le Club St Pierre
A la fin des années 60, Jacques Frégeac un restaurateur, créa à Moncoutié, sur l’ancienne RN20 une nouvelle boîte baptisée le Club St Pierre. Dans une ancienne ferme familiale, il y avait deux salles pas très grandes mais toujours bondées le week-end. Les prés aux alentours et la grange attenante auraient beaucoup d’histoires à raconter. Mais quelques va-et-vient entre le Copenhague et St Pierre au milieu de la nuit se terminèrent dans le fossé…
– Le Madrid Club
Peu de cadurciens se souviennent de ce lieu qui, il est vrai, n’est pas resté ouvert très longtemps. Il se situait à Lamagdelaine à côté du restaurant créé par Cabrero qui fut ensuite vendu à Claude Marco. Mais ce fut là que Dory Rougié débuta sa carrière de roi des nuits cadurciennes.
– La Carderie
A la fin des années 60, Monsieur Serra, propriétaire d’une pisciculture à côté de Vers aménagea une magnifique salle de l’ancien moulin en discothèque et en confia la direction à Dory Rougié. Ce fut un succès immédiat ; il faut dire que les contrôles d’alcoolémie étaient assez rares à l’époque ! Pendant une dizaine d’années, ce fut vraiment l’endroit à la mode qu’animait Philippe Vincens aux platines.
– Le Sherlock
En 1972 Tonton Dif ouvrit au bord du Lot, quai Lagrive, ce qui allait rester longtemps le club le plus emblématique de Cahors : Le Sherlock ! Ouvert du jeudi au dimanche, on pouvait même y manger au début, un certain Claude Marco était en cuisine. Mais ce furent ces soirées mémorables qui firent son succès. Des années après, il changea plusieurs fois de nom et l’endroit est toujours ouvert aujourd’hui après avoir été fermé plusieurs fois. Il s’appelle désormais l’Ice Club seule discothèque ouverte encore à Cahors.
– La Belle Epoque
Rue Wilson à Cahors à l’emplacement actuel des bureaux annexes de la mairie existait l’hôtel Wilson. Dans le sous-sol de l’hôtel fut créé un club qui exista quelques années mais sans véritable succès.
– La Palmeraie
Fin des années 60, début 70, M. Allaux créa à Fontanes, en plein centre du village un lieu mi-boîte, mi-dancing qui ouvrait essentiellement le weekend. Quelques années plus tard, cet établissement se transporta au bord de la RN20 dans un vaste bâtiment et il resta ouvert une bonne dizaine d’années.
– Le Piano puis le Look
L’aventure de la Carderie s’arrêtant, en 1981, Dory Rougié créa avec deux de ses amis, Baby Mendailles et Pierre Cazes une nouvelle boîte à la sortie nord de Cahors sur l’ancienne RN20. Un très bel et vaste établissement avec deux bars et une piscine connut un très grand succès. Il y eut même de très beaux concerts. Par la suite il devint le Look dirigé par Chantal et Bernard Laurent. Mais il eu une triste fin puisqu’il est devenu aujourd’hui …. Une maison funéraire !
– Le Jendaya
Créée par Raoul Chambert et Alain Lavergne plus connu sous le nom de « Cadum » cette boîte était située face à l’auditorium à Cahors. Très beau succès dans les années 1980, elle changea plusieurs fois de propriétaire avant de devenir un restaurant asiatique.
– Le Manakin
A peu près dans les mêmes années ouvrit le Manakin au rond-point de La Beyne sur la route de Toulouse. Un club en sous-sol bondé tous les week-ends avec Philippe Vincens aux platines.. Etablissement qui par la suite devint L’Aloha avant de redevenir le Manakin.
– Le Soleiho
Toujours dans les années 80, Raoul Chambert, une autre figure des nuits cadurciennes ouvrit le Soleiho dans les badernes à Cahors. Une salle minuscule avec une mezzanine. Transformé ensuite en restaurant chinois, la décoration n’avait pratiquement pas changé. Depuis peu, il est redevenu un bar.
– Le Plan XVII
Et nous retrouvons encore Dory Rougié qui créa dans une cave de la rue Joffre à Cahors ce club qui par sa position centrale eut beaucoup de succès. Les voisins appréciaient un peu moins les sorties un peu bruyantes des clients.
– Le Déclic
Le Plan XVII (après la parenthèse du Bronx) a été repris par Roselyne et Stéphan Mendailles. Le Déclic (notre photo, merci à Stephan) a rassemblé les noctambules de tous âges pour des soirées dantesques (en particulier les Noëls). Pat’ à la porte veillait au grain et à l’ambiance.
En dehors de ces clubs, il y avait énormément de bals organisés par les clubs, les associations, sans parler des fêtes de quartier comme à Sainte Valérie, à Saint-Georges ou à Lacapelle … Certaines heureusement subsistent encore.
Et partout, on dansait !
Hélas, à la fin des années 90 tous ces établissements disparurent petit à petit. Il ne reste plus aujourd’hui que l’ancien Sherlock : l’Ice Club.
J’ai sûrement dû faire des erreurs sur les dates, les lieux mais j’espère que cet article sera enrichi par tous vos commentaires et vos photos si vous en avez.
Texte de Bernard Viguié





