« Un historien novateur, un homme engagé et un grand patriote ».
« Il y a eu des grands écrivains, des scientifiques, des politiques, des résistants héroïques… Mais je crois effectivement que Marc Bloch est le premier historien de métier, si j’ose dire, qui entre au Panthéon. Sachant évidemment que son engagement dans la résistance et sa fin tragique ont été des critères déterminants. » Docteur en histoire, ancien président de la Société des études du Lot, Patrice Foissac apprécie l’événement à sa juste mesure. Il explique d’abord l’importance de Marc Bloch dans l’évolution de cette discipline scientifique longtemps concentrée sur les grands souverains et les grandes batailles…
« Quand j’ai commencé mes études dans les années 1970, Marc Bloch apparaissait comme une figure tutélaire. A fortiori pour ceux qui devaient se spécialiser dans l’histoire du Moyen Age. Il avait été l’un des premiers à considérer comme nécessaire de prendre en compte l’histoire économique et sociale. A travers la revue des Annales, avec quelques autres, il a jeté les bases d’une nouvelle façon de travailler… On sait à présent qu’il a eu cette conviction dès sa formation. Les Braudel, Le Goff ou autre Le Roy-Ladurie ont suivi ses pas. Mais Marc Bloch, ce fut aussi un historien qui ne resta pas enfermé dans sa tour d’ivoire. Il s’intéressait à la société de son temps, sans forcément être un militant. Mais on peut dire qu’il fut influencé, par exemple, par le marxisme. »
Reste ce paradoxe : l’ouvrage désormais le plus connu de Marc Bloch est « L’Etrange Défaite », dans lequel il analyse presque à chaud mais avec une lucidité déconcertante l’effondrement de la France en mai et juin 1940. Alors qu’il avait déjà publié de véritables sommes liées notamment à l’évolution de la féodalité à l’époque médiévale… « C’est ainsi. Mais c’est aussi la richesse de cette immense personnalité. Un grand historien mais en même temps un patriote qui a combattu durant les deux guerres : outre sa formation, cela est dû en partie à son histoire familiale (et ses origines alsacienne), ainsi peut-être qu’à sa judéité. » D’où cet ultime et suprême combat : interdit d’enseigner, Marc Bloch rejoint la résistance. Et il est arrêté puis fusillé à Lyon le 16 juin 1944.
Des similitudes avec l’entre-deux-guerres
S’il faut se méfier des anachronismes, et le docteur en histoire Patrice Foissac le sait mieux que quiconque, cette panthéonisation de Marc Bloch invite enfin à la réflexion sur la responsabilité des historiens d’aujourd’hui. Et leur engagement. « Je suis de ceux qui pensent que notre société est très fracturée et que l’on ne peut nier des similitudes avec les années Trente. Dès lors, la parole de l’historien peut se révéler précieuse. Elle invite à un regard critique, mais aussi à être attentif aux nuances… Je me souviens avoir lu que Marc Bloch comparait parfois son travail à celui d‘un juge d’instruction. A partir de documents, de témoignages, il faut essayer de reconstituer les faits, d’aller vers ce qui se rapproche le plus possible de la vérité. C’était également la démarche de l’historien lotois Pierre Laborie, spécialiste de la Seconde guerre. Savoir poser et se poser les bonnes questions, se garder de généraliser. On parle de devoir de mémoire, de devoir d’histoire. Soit, mais rien n’est jamais monochrome » conclut Patrice Foissac. « Quand je suis invité à intervenir sur un sujet précis lié à l’histoire médiévale dans le Lot, j’essaie à ma façon de faire passer ce message ».
Ph.M.
L’entrée au Panthéon et l’hommage solennel de la Nation à Marc Bloch et à son épouse Simonne Bloch, présidés par le Président de la République, auront lieu ce mardi 23 juin à partir de 21 heures.





