Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Search in posts
Search in pages

« L’argent facile n’existe pas » : Une entreprise figeacoise victime d’une fraude à 138 000 euros

En se faisant passer pour le dirigeant d’une entreprise de Figeac auprès de plusieurs agences bancaires, des escrocs sont parvenus à détourner 138 000 euros en quelques jours. Trois des quinze prévenus poursuivis dans ce dossier étaient présents devant le tribunal correctionnel le 28 mai 2026.

Trois prévenus seulement ont comparu devant le tribunal correctionnel pour répondre de leur implication dans une vaste affaire d’escroquerie au faux dirigeant commise au préjudice d’une entreprise de Figeac en mars 2023. Douze autres prévenus étaient absents à cette audience du 28 mai.

Parmi les quinze personnes poursuivies, quatre hommes sont renvoyés pour escroquerie en bande organisée. Il leur est reproché de s’être présentés, entre janvier et mars 2023, sous l’identité du dirigeant de la société figeacoise auprès de plusieurs établissements bancaires afin d’obtenir frauduleusement des virements pour un montant total de 138 000 euros.

Les onze autres prévenus comparaissent pour blanchiment aggravé en bande organisée et complicité d’escroquerie. Selon l’enquête, ils auraient mis à disposition leurs comptes bancaires afin de recevoir et redistribuer les fonds détournés.

L’affaire débute lorsqu’une comptable de la société victime constate plusieurs débits frauduleux sur les comptes de l’entreprise. Les investigations révèlent que des individus ont utilisé une fausse pièce d’identité au nom du gérant afin de convaincre des employés de banque d’effectuer des virements.

Au total, neuf virements frauduleux sont réalisés dans plusieurs villes pour un montant de 138 000 euros. Grâce à l’activation d’un dispositif de rappel bancaire par BNP Paribas, une partie des fonds, soit environ 28 000 euros, a pu être récupérée et restituée à l’entreprise.

Les auditions des employés de banque mettent en lumière un mode opératoire rodé. À Limoges, un homme se présente peu avant la fermeture de l’agence. Se disant en déplacement professionnel, il explique vouloir effectuer rapidement des virements à destination de ses salariés avant le week-end. Dans une autre agence, il invoque une hospitalisation prévue dès le lendemain pour justifier l’urgence des opérations. Il fournit les noms de deux conseillères de la BNP de Figeac, présente un bordereau correspondant à un précédent virement et dispose de l’ensemble des relevés d’identité bancaire des bénéficiaires. Une employée effectue un premier virement mais remarque ensuite une différence de signature. Les autres opérations sont immédiatement bloquées. À Brive, un homme se présente également pour obtenir des informations sur ses comptes professionnels et personnels et tenter d’effectuer de nouveaux virements, sans succès cette fois.

Les réquisitions bancaires permettent de retracer la circulation des fonds. Tous les comptes identifiés sont crédités le lendemain des faits et donnent lieu à des retraits rapides. L’exploitation des images de vidéosurveillance réalisées dans plusieurs agences où des espèces ont été retirées, notamment à Savigny-sur-Orge, Corbeil-Essonnes ou Vernouillet, permet aux enquêteurs d’identifier plusieurs protagonistes grâce aux fichiers de police. Les investigations téléphoniques retracent également des déplacements entre l’Essonne, Limoges et Brive correspondant au parcours suivi lors des opérations frauduleuses.

Cinq jours après les faits, l’une des prévenues dépose plainte pour dénoncer les retraits effectués sur son compte bancaire. À presque 60 ans, elle raconte avoir été contactée sur Snapchat par une personne lui proposant des placements financiers promettant 40 % de rendement. Disposant d’un héritage récemment perçu après le décès de ses parents, elle s’était laissé convaincre d’ouvrir un nouveau compte bancaire sans même connaître l’identité de son interlocuteur. « J’avais demandé si ce n’était pas de l’argent volé ou du blanchiment. On m’avait assuré que non », affirme-t-elle. Elle explique avoir transmis les coordonnées des comptes ainsi que les cartes bancaires, tout en reconnaissant avoir trouvé la démarche suspecte. « Je n’ai eu aucun gain personnel. Je n’ai pas fait opposition plus tôt car j’avais peur des représailles. »

Âgé de 20 ans au moment des faits, le deuxième prévenu présent à l’audience reconnaît avoir servi de chauffeur. « Je venais d’avoir le permis et j’avais loué une voiture. J’avais accumulé des dettes. J’ai accepté de conduire un homme à Limoges pour les effacer », explique-t-il. Il reconnaît également avoir participé à certains retraits. « Je savais que c’était des magouilles mais je pensais que ce serait moins impactant que si j’avais volé une personne lambda. J’ai réalisé plus tard toute l’ampleur. »

La troisième prévenue, âgée de 30 ans au moment des faits, reconnaît également avoir ouvert plusieurs comptes à la demande d’un homme rencontré alors qu’elle traversait d’importantes difficultés financières. En échange, il lui avait promis de lui donner une part de cet argent. « J’ai été seulement deux fois à la banque ; sinon, c’était lui qui gérait les démarches et détenait les cartes bancaires. Je me doutais que l’argent avait une origine douteuse mais je ne connaissais pas l’origine exacte ni l’ampleur de l’affaire », déclare cette ancienne héroïnomane. « Finalement, cette affaire m’a fait toucher le fond et c’est ce qui m’a permis de rebondir, d’aller en cure de désintoxication et de me reprendre en main. » Me Faugères a insisté sur la fragilité de sa cliente, qu’il décrit comme « le pigeon absolu » de l’affaire.

Le gérant de l’entreprise victime n’a pas souhaité se constituer partie civile, l’intégralité des fonds ayant finalement été remboursée. Il a néanmoins tenu à adresser un message aux prévenus : « L’argent facile n’existe pas. » À l’audience, BNP Paribas était en revanche présente en qualité de partie civile.

Pour les faits d’escroquerie, le parquet a requis 30 mois d’emprisonnement contre l’un des principaux protagonistes, 15 mois contre un autre et 18 mois, dont 12 assortis d’un sursis probatoire de deux ans, contre le prévenu présent à l’audience. Pour les deux prévenues poursuivies pour blanchiment, il a demandé huit mois d’emprisonnement assortis du sursis simple, tenant compte de leurs efforts de réinsertion.

À l’issue du délibéré, le tribunal a prononcé des peines allant de quatre mois de prison avec sursis à 30 mois d’emprisonnement ferme, assorties pour certains prévenus d’amendes pouvant atteindre 10 000 euros. Les deux femmes présentes à l’audience ont été condamnées à des peines de sursis assorties d’amendes. Le jeune prévenu poursuivi pour avoir servi de chauffeur a quant à lui écopé d’une peine de jours-amende. Les prévenus ont également été condamnés solidairement à indemniser la BNP Paribas à hauteur de 28 000 euros au titre du préjudice matériel.

Partager :