Une expo événement consacrée à ce pays qui ne cessa de fasciner Breton et ses amis.
Dans l’histoire et la géographie du mouvement surréaliste, le Mexique occupe une place prépondérante. Nombre de poètes et d’artistes français s’y sont rendus, d’abord motivés par des raisons politiques avant ou pendant la Seconde guerre (pour rencontrer Trotski ou pour s’y exiler), ensuite pour y explorer les multiples facettes d’un imaginaire qui ne cessa de les fasciner.
Bien avant d’être séduit par Saint-Cirq-Lapopie, d’y acquérir l’ancienne Auberge des mariniers et d’y passer tous ses étés de 1950 à sa mort (en 1966), André Breton avait effectué le voyage à Mexico en 1938. Il y rédige alors avec le peintre Diego Rivera un manifeste qui se veut le pendant du combat internationaliste de Léon Trotski _ qui lui apporte son soutien _, mais que traquent les Staliniens en Amérique centrale où il finissent par l’assassiner en 1940. Le texte s’achève ainsi : « Ce que nous voulons : l’indépendance de l’art – pour la révolution ; la révolution – pour la libération définitive de l’art ».
Antonin Artaud, Benjamin Péret, et surtout l’artiste Leonora Carrington (née en Angleterre, compagne de Max Ernst en France dans les années 1930), qui s’y établit à compter de 1942, ont également traversé l’Atlantique comme aimantés par l’Air mexicain (pour reprendre le titre d’un recueil de Péret). Et d’autres firent le chemin inverse, tels Diego Rivera ou l’iconique Frida Kahlo.
Des miroirs et des symboles
Rien de plus logique que sur les bords du Lot où fut tracée la première route mondiale de la Paix, sous l’égide du Centre International du Surréalisme et de la Citoyenneté Mondiale né après l’acquisition puis la restauration de la Maison Breton, le Mexique soit en cette année 2026 l’objet d’une exposition événement à l’intitulé explicite : « Surréalisme et Mexique, miroirs magnétiques ». Ce dernier adjectif évoque évidemment le texte fondateur du surréalisme, « Les Champs magnétiques », et l’image (plus ou moins fidèle, déformée ou déformante, mais toujours complémentaire) des « miroirs » dit bien comment les deux entités, l’une poético-artistique, l’autre géographique, semblaient depuis toujours être vouées à se renvoyer la balle, à se prendre au mot et aux mots.
Le parcours de l’exposition comprend trois chapitres. Le premier présente des photos, objets et œuvres témoignant des expériences toujours plus enrichissantes des surréalistes du Vieux Continent vécues au Mexique. Le second est un « hommage » à Leonora Carrington (1917-2011) dont l’œuvre, une fois installée au Mexique, a permis d’esquisser une forme de nouvelle mythologie « à la jonction de toutes les cultures ». Enfin, un troisième chapitre invite à découvrir la « lucha libre », une variante mexicaine de la lutte où des combattants masqués paraissent symboliser par leur chorégraphie et leur costume un imaginaire et une révolte séculaires… Une discipline devenue un art en tant que tel et une source d’inspiration infinie pour les peintres ou photographes, notamment. L’exposition est accueillie au Château Tournié et à la Maison Rignault, à Saint-Cirq-Lapopie, en partenariat avec le Consejo Leonora Carrington de Mexico.
Ph.M.
« Surréalisme et Mexique, miroirs magnétiques », ouvert au public jusqu’au 11 novembre 2026.
Photo : Un hommage particulier est rendu à l’artiste Leonora Carrington (1917-2011), qui émerveilla les surréalistes en Europe avant de se fixer au Mexique





