Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Search in posts
Search in pages

Georges Delmas, un héros lotois durant les deux guerres mondiales

En ce 8 mai, hommage à un fils de paysans qui fut un jeune officier héroïque en 14-18 puis une des hautes figures de la résistance dès 1941.

Huis pages. Huit pages « numériques » quand la majorité des « fiches matricules » des militaires du département conservées et mises en ligne par les Archives du Lot en comprennent une, voire deux ou trois. C’est que la carrière de Georges Delmas fut d’une exceptionnelle richesse, jalonnée d’actes de bravoure, de blessures, mais aussi, logiquement, de promotions, de citations, de médailles… Débutée avant la Première guerre, elle s’achève après la Seconde. Et encore, alors retraité, le désormais colonel essuya-t-il alors un refus poli des plus hautes autorités quand ce héros jamais fatigué demanda à titre exceptionnel de réintégrer les troupes d’active pour aller se battre en Indochine !

Né en 1890 à Cahors au sein d’une famille modeste, Georges Delmas, simple manœuvre, a tout juste 21 ans quand il signe le 26 juillet 1911 un contrat de trois ans comme engagé volontaire pour servir au sein du régiment des sapeurs-pompiers. En mars 1914, caporal, il rejoint le le 7e régiment d’infanterie. Il signe une prolongation. Et quand la guerre éclate, le jeune Lotois est promu sergent en août, puis adjudant en septembre. Il finira la Première guerre comme capitaine, non sans avoir collectionné les actes héroïques : blessé à neuf reprises, il est distingué par 11 citations. Voici par exemple celle du 10 août 1918 : « Officier d’une bravoure légendaire au régiment. Après avoir par des reconnaissances hardies, éventé l’attaque ennemie, s’est dépensé pendant les journées des 15 et 16 juillet 1918, au cours de la bataille de Champagne pour l’enrayer et la repousser. Le 20 juillet 1918, à la tête d’un détachement de deux compagnies, a attaqué une position fortement tenue par l’ennemi, s’en est emparé en faisant des prisonniers et a repoussé deux violentes contre-attaques allemandes. A conservé tout le terrain conquis ».

Fort logiquement, Georges Delmas reçoit la Croix de guerre et à 28 ans seulement, il est officier de la Légion d‘honneur… Sa carrière va cependant encore s’étoffer. Et pas qu’un peu. Après avoir servi au sein des troupes d’occupation en Rhénanie, on le retrouve en 1921 capitaine dans un régiment de tirailleurs appelé au Levant (Syrie). Il y ajoute de nouvelles citations à son « palmarès » et une énième blessure…

Chez les pompiers puis chez les gendarmes

De retour en métropole, il se marie à Cahors, et donne un nouveau sens à sa carrière. Après un passage au sein des Sapeurs-Pompiers de Paris, il intègre la gendarmerie en 1925. On le devine, ce n’est pas pour y pantoufler… Malgré des séquelles de ses blessures de guerre (notamment pulmonaires) et d’un paludisme contracté au Moyen-Orient, il est ainsi affecté à Villeneuve-sur-Lot puis à Chaumont, en Haute-Marne, où il forme des cadres. C’est là que la Seconde guerre le surprend. Façon de parler. A la mi-juin 1940, le chef d’escadron Delmas reçoit l’ordre de défendre les ponts de la Saône à Gray. Les combats sont terribles. L’officier montre l’exemple. Il y subit une onzième blessure, et « gagne » une nouvelle citation.

Mais quelques jours plus tard, ce patriote hors pair est ébranlé. Pétain a demandé l’armistice. Chaumont et la moitié nord du pays sont occupés. La plupart des récits biographiques décrivent alors un officier chagriné, qui va faire valoir ses droits à la retraite pour ne pas se déshonorer en servant un gouvernement collaborationniste. Ce n’est pas vraiment le cas. On sait à présent qu’encore en poste en Champagne, Georges Delmas va choisir de résister. En mai 2024, quand une nouvelle caserne du groupement de gendarmerie départementale est baptisée du nom de « Georges Delmas », le Journal de la Haute-Marne publié un témoignage inédit conservé et communiqué par le petit-fils d’Armand Charrié (1914-1995), commissaire de police à Chaumont à compter de juin 1941.

«  C’est courant novembre 1941 que le commandant Delmas, vint me présenter le nommé Pierre Johnson, délégué clandestin – bien sûr – de la Résistance pour la région de Champagne – avec lequel il travaillait depuis plusieurs mois. Ayant jugé de mon patriotisme, il venait me confier son correspondant parce qu’objet d’une mutation il venait d’être nommé au grade de lieutenant-colonel à la tête d’une compagnie de gendarmerie du Sud-Ouest. (…) Je fis personnellement toutes démarches utiles à la Préfecture et c’est ainsi qu’en peu de temps Pierre Johnson devint officiellement Pierre Jouffroy. Sa mission était de recueillir auprès de contacts – dont je faisais désormais partie – tous renseignements utiles sur les autorités et troupes d’occupation, sur le moral de la population et sur les mouvements anti-français officiels, tels que le PPF de Doriot, le RNP de Marcel Déat et un peu plus tard la LVF (Ligue des Volontaires Français combattant en Russie aux côtés des Allemands). Par l’intermédiaire d’un échelon supérieur, ces renseignements étaient retransmis à Londres. »

De retour à Cahors

En fait, il ne s’agit pas d’une mutation. Georges Delmas retrouve Cahors, certes, mais officiellement, pour y prendre sa retraite. Sauf qu’il rejoint tout aussitôt la résistance active et l’Armée secrète. Son pseudo : « Colonel Drouot ». Il organise les réseaux et prend ensuite la direction du groupe Veny. Une période synonyme de double vie pour cette personnalité honorablement connue à Cahors. Comme en témoigne ces extraits du Journal du Lot, à l’occasion de deux deuils successifs que doit affronter le désormais quinquagénaire. En date d’abord du 12 janvier 1944 : « Nécrologie. C’est avec un vif regret que nous avons appris le deuil cruel qui vient de frapper notre ami, M. le Commandant Delmas, en la personne de sa mère, décédée jeudi, à l’âge de 80 ans. Les obsèques de la regrettée disparue ont été célébrées samedi à 14 h 30 au milieu d’une nombreuse assistance qui a témoigné à la famille de vives sympathies. Nous adressons à M. le Commandant Delmas, à Mme Delmas, à leur fils, à tous les parents nos bien sincères condoléances. » Puis en date du 1er mars 1944 : « Nécrologie. Nous avons appris avec regret la mort de Mme Boussac. épouse du regretté M. Boussac. ancien secrétaire général à la Mairie de Cahors, mère et belle-mère de Mme et M. Delmas, commandant de gendarmerie en retraite. Nous prions. Mme et M. le commandant Delmas de trouver ici l’expression de nos vifs sentiments de condoléances. »

Cependant, le résistant sait déjà que l’heure décisive approche. Et il va s’illustrer avec héroïsme dans ce nouveau combat. Le plus remarquable a lieu à Gigouzac, quand il affronte avec ses troupes FFI une colonne de Waffen SS le 30 juin 1944. Elle vaudra à Georges Delmas et à ses hommes une énième citation : « Sous les ordres du Commandant Drouot, attaqué par des forces très supérieures, en nombre et en matériel, a infligé à l’ennemi des pertes sanglantes, mettant hors de combat plus de 100 Allemands SS alors que les effectifs du secteur IV ne se montaient qu’à 60 hommes. S’est replié ensuite en bon ordre conformément aux ordres impératifs reçus prescrivant de ne se laisser jamais accrocher, donnant ainsi un magnifique exemple de décision, de courage et d’abnégation ».

Il est encore à l’œuvre fin juillet lors d’une embuscade dont il revient blessé. C’est presque une habitude. Le Lot puis la région libérés, il prend le commandement de la 17ème légion de la gendarmerie à Montauban. C’est à regret qu’il prendra réellement sa retraite quelque temps plus tard, promu colonel de réserve et fait Grand Officier de la Légion d’honneur.

Décédé en 1967, Georges Delmas est resté comme l’un des grands hommes de la résistance lotoise. A Cahors, une rue porte son nom, qui relie le quai Ségur d’Aguesseau à la place Claude Rousseau. A Melun, en juillet 2014, la 120e promotion de l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale a été baptisée de son nom. En ce 81ème anniversaire de la capitulation allemande, que demeure le souvenir de ce soldat et officier hors norme…

Ph.M.

Sources : Archives départementales du Lot, Site Gallica BNF, Archives nationales de France, Journal de la Haute-Marne (13 mars 2024, article de Lionel Fontaine), Groupe Facebook Les Gendarmes dans la Résistance.

Partager :