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Ce jour plus que jamais, « notre mémoire est leur tombeau »

Quelques portraits de résistants et de déportés en cette Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation.

« 60 ans, féministe et ouvertement hostile à Pétain ? Une « déséquilibrée », statue la police en 1941. Pourtant en 1945, les Alliés lui remettront les plus hautes décorations. De fait, elle aura fait s’évader 250 de leurs aviateurs ! Une amoureuse de la liberté. Marie-Louise Dissard. » 280 caractères. Depuis plusieurs années, c’est en 280 caractères (espaces compris) que l’historien et essayiste Jean-Christophe Notin, chaque jour, diffuse sur Twitter devenu X un portrait concis mais chaleureux et précis d’un héros de la résistance. Une photo couleur sépia l’accompagne. Ce compte, « Paroles de Combattants de la Libération » qui est suivi par plus de 100 000 abonnés, est l’un des plus précieux des réseaux sociaux.

Il se révèle, plus de huit décennies après la Seconde guerre, une lueur, une bougie dans l’obscurité des temps présents, un rappel quotidien que des milliers d’hommes et femmes ont su se lever, s’engager, pour que leur pays natal ou d’adoption demeure libre. Des hommes et des femmes qui ont pour une grande partie sacrifié leur vie, les autres, le devoir accompli, choisissant de retrouver l’anonymat. Avec ou sans médaille.

Deux posts pour le colonel Georges

Spécialiste de l’histoire militaire, Jean-Christophe Notin a l’art d’un orfèvre et d’un miniaturiste qui résume en quelques mots ce que l’on pourrait évoquer en centaines de pages (*). Pour la Lotoise Marie-Louise Dissard, on peut aussi se reporter à une notice biographique plus développée sur le site François Verdier (ici). Par ailleurs, une plaque a été apposée sur sa maison natale, rue Foch. D’autres héros lotois ont été mis en exergue par l’auteur de « Paroles de Combattants de la Libération ». Comme Robert Noireau, qui, c’est exceptionnel, fut évoqué en deux posts successifs – c’est-à-dire un peu plus de 500 caractères… : « Février 1941. Paris. La police arrête Robert Noireau, 28 ans. Tabassé, l’ancien cadre syndical ne dit rien. Il est relâché, mais gare: sa famille paierait ses écarts. Ça tombe bien: il n’en a plus! Passant dans le Lot, il sera le légendaire « colonel Georges », chef de 5000 hommes. Le 17 août 1944, Georges libère Cahors avec ses hommes, puis le 23, il prend le commandement à Toulouse et y rétablit l’ordre. Et ce n’est pas tout. En janvier 1945, le régiment du Lot s’en ira participer à la réduction des poches de l’Atlantique. »

Et l’on peut aussi reproduire ce court mais joliment ciselé portrait de l’immense Chapou : « Fin 1941. Vichy le révoque. Mauvaise idée : le professeur va devenir le « capitaine Philippe », chef de redoutables maquis FTP. Le 16 juillet 1944, un barrage allemand. Jacques Chapou se bat comme un lion, est blessé, mais ils ne l’auront pas : la dernière balle est pour lui. 35 ans. »

Les sœurs Grinfeder, de Cahors à Auschwitz

Les fidèles « followers » de ce compte décidément hors-norme savent par ailleurs qu’y sont très fréquemment mis en exergue les hommes et les femmes qui prirent tous les risques pour sauver qui des résistants traqués, qui des Juifs persécutés. Qu’ils fussent ou non reconnus Justes. En ce dernier dimanche avril, qui est désormais chaque année la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, il nous faut conclure par une note sombre. Rappeler ainsi que pour faits de résistance ou parce que réfugiés juifs tentant de fuir la Shoah, plus de 200 hommes, femmes et enfants ont été déportés depuis notre département. C’est le cas des sœurs Chana et Thérèse Grinfeder (nos photos). La première est née en Pologne le 2 février 1916, la seconde le 7 juillet 1920 en Pologne également. Avec leurs parents et frère et sœur, elles sont arrivées en France en 1930 et résidaient à Amiens avant la guerre. La famille se réfugie à Cahors (6, rue des Augustins) pendant la guerre.

Chana et Thérèse Grinfeder auraient cependant été arrêtées à Paris dans le courant de l’année 1942. Chana est déportée par le convoi n°3 du 22 juin 1942 et assassinée à Auschwitz. Thérèse connaît le même sort funeste, déportée par le convoi n°35 du 21 septembre 1942 et assassinée, elle aussi, à Auschwitz. En revanche, leur sœur aînée Estera née en 1914, arrêtée à Cahors même le 27 avril 1944, déportée en juillet à Bergen Belsen, survivra. Elle décède en 20023 à Amiens. Leur frère Jacques, pour sa part, également réfugié dans le Lot, y a rejoint le maquis. Il survivra à la guerre et demeurera dans le Lot où il se mariera. Il est décédé en 1998.

On pense à ces vers d’André Tronc : « Hommes femmes enfants, troupeau pour crématoires / cheminant vers l’horreur sous le fouet du bourreau. Votre triste holocauste est gravé dans l’histoire. Et rien ne chassera vos morts de nos mémoires  / Car nos mémoires sont votre unique tombeau ».

Ph.M.

(*) Deux livres ont été publiés, reprenant en tout 800 des portraits rédigés initialement sur les réseaux par Jean-Christophe Notin : « Dans l’honneur et par la victoire » chez Calmann-Lévy en 2021 et « 500 combattants de la libération » chez Tallandier en 2022. 

Sources : Compte Paroles de Combattants de la Libération, Archives de la Somme, Yad Vashem.

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