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Carte scolaire 2026 : Derrière les revendications et les fermetures de classes, des millions d’investissements

Pour le seul premier degré, des millions d’euros sont investis par les collectivités pour reconstruire ou rénover les écoles.

Septembre 2024. Le regretté Jean-Paul Dujol accueille le ban et l’arrière-ban des parlementaires, présidents ou représentants des collectivités et de l’État (dont la préfète et la directrice académique des services de l’Éducation nationale) au moment d’inaugurer la nouvelle école de Calamane. Le maire déclare alors : « C’est un acte majeur pour l’avenir d’un territoire. La nécessité d’une nouvelle structure scolaire s’imposait à nous. Il nous fallait une école. Nous l’avons imaginée, nous l’avons construite et aujourd’hui elle est là pour nous, pour vous et surtout pour nos enfants. Ce projet avait déjà muri dans la tête de quelques-uns, dès 2019. Nous étions interpellés par la désertification de nos écoles, nous n’apportions pas les services nécessaires aux familles qui se déplaçaient pour aller au travail… »

Coût de l’investissement (hors taxe) : près de 2 millions d’euros, car il a fallu en cours de route composer avec la hausse des prix des matières premières. Pour rappel, Calamane est alors _ et demeure _ l’une des communes intégrées à un RPI (regroupant pédagogique intercommunal) réunissant aussi Boissières, Saint-Denis-Catus, et Nuzéjouls. Cela étant, si l’on consulte une carte, on constate que l’école de Calamane se situe à 3,5 km de l’école de Mercuès (soit 5 minutes en voiture en respectant les limitations de vitesse).

Janvier 2026. Dans son dernier éditorial en tant que maire de Mercuès, dans le bulletin d’information de la commune,  Ludovic Dizengremel se félicite : « Au cours des mandats, nous avons créé deux préaux, changé le chauffage de la maternelle, refait l’ensemble des sols et des éclairages des deux écoles, la toiture, l’isolation, et l’installation électrique de l’école élémentaire. De nouveaux matériels de cuisson et d’informatique ont été achetés. Une salle de multi- activités, climatisée, a été créée entre les classes de l’école élémentaire. Sur les deux mandats (2014-2020 et 2020-2026, NDLR), c’est ainsi plus de 750000 euros qui ont été investis dans nos écoles. »

Des précisions s’imposent. A Calamane, la nouvelle école a été financée à 20 % (seulement) par la commune, qui a bénéficié de subventions de l’État mais aussi des autres collectivités territoriales. A Mercuès aussi, le village a été soutenu dans ses investissements. Mais dans un cas comme dans un autre, qu’il s’agisse de bâtir ou de rénover, il faudrait encore ajouter les dépenses de fonctionnement (entretien, chauffage etc.). C’est donc un fait : pour les communes, les budgets liés aux écoles figurent parmi les plus importants de leurs dépenses annuelles. Et ce, depuis les lois de décentralisation des années 1980. Les maires n’ont pas « la main », en revanche, sur les nominations d’enseignants et le nombre de classes (les professeurs étant nommés et rémunérés par l’État).

Des élus mal récompensés

Voilà pourquoi certains édiles semblent parfois bien mal récompensés de leurs efforts (et par conséquent, les contribuables aussi). A l’exemple de Gramat, où l’école Clément Brouqui est menacée de perdre une classe à la rentrée 2026. Un plan de rénovation de l’établissement a été initié à l’orée des années 2020. Une première tranche de travaux a permis de rénover les façades, l’isolation, les sanitaires, de créer un parvis etc. Un investissement de plus de 2 millions. Une seconde tranche est dans les tuyaux. L’appel d’offres est lancé. Outre la finalisation de la réhabilitation, une nouvelle cantine doit être bâtie. Alors on devine logiquement que quand une première liste d’écoles susceptibles de perdre une classe a été rendue publique par les syndicats d’enseignants et fédérations de parents d’élèves dans le cadre des consultations en vue de la carte scolaire 2026-2027, dans laquelle figuraient Gramat mais aussi Lalbenque, Luzech, Espère, Puy-l’Evêque, Castelfranc, Caillac ou Crayssac, Duravel, Saint-Paul-Flaugnac, Livernon, Bretenoux, Biars et Pradines, nombre d’élus (pour certains arrivant tout juste aux commandes) l’ont eu mauvaise. C’est un euphémisme. Et le raisonnement peut s’étendre aux collèges et aux lycées, quand bien même ce sont respectivement le Département et la Région qui investissent…

Car il ne s’agit pas seulement de maintenir des effectifs raisonnables pour assurer une certaine qualité pédagogique. Dans un territoire en proie à un défi démographique constant (solde naturel négatif compensé en partie par l’arrivée de nouveaux ménages), on sait que garantir aux familles voulant s’installer dans une commune des conditions de scolarité appréciables est une nécessité. Un défi comparable avec la problématique de l’offre de soins. Alors chacun investit, chacun fait le maximum. Mais cela n’empêche pas le couperet de tomber, ni des concurrences territoriales (on parle alors pudiquement de dérogations, quand certains parents ne choisissent pas carrément de scolariser leurs enfants dans le privé). Parce que les écoles c’est bien, mais il faut aussi garantir des activités périscolaires en nombre et en qualité.

Les pistes de la Cour des Comptes

Autant d’enjeux que la Cour des Comptes, sans oublier celui de la mixité sociale, vient d’invoquer dans un récent rapport étayé par de nombreux exemples tirés de la réalité dans plusieurs régionaux et départements. Et ses préconisations sont sans appel. « L’État et les collectivités territoriales n’ont, à ce jour, pas pris la mesure de l’ampleur de la dégradation de la mixité sociale et n’anticipent pas à un horizon suffisant les effets de la déprise démographique. Face à ces défis, les réponses apportées ne sont pas encore, en dépit de leur intérêt, à la hauteur des enjeux. En conséquence, le maillage territorial doit impérativement être repensé par les départements, en concertation avec l’État et tous les acteurs concernés. »

Ainsi, dans certains cas, la Cour invite à la re-créations d’internats (pour ne pas subir des transports au quotidiens trop longs). Plus généralement, elle suggère de « faire évoluer le cadre réglementaire pour favoriser les regroupements entre écoles, collèges et lycées ». C’est-à-dire de regrouper sur de mêmes sites écoles, collèges et mêmes lycées. Bref, de récréer des « cités scolaires » comme dans un lointain passé.

En attendant, la grogne est là. C’est pourquoi, dans le Lot, contre les suppressions de postes et de classes dans le premier et second degré, CFDT Education, CGT Educ’action, Sud Éducation, FSU et la FCPE appellent à se rassembler avant manifestation ce mardi 31 mars, à Cahors, place Mitterrand.

Ph.M.

Photo : une classe pourrait fermer à Gramat où l’école fait pourtant l’objet d’une cure de jouvence.

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