Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ Cela fait quelques jours voire quelques semaines que j’observe ce petit manège, presque ce rituel désormais. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’un pâle soleil d’hiver baigne les hauteurs du vieux village, plus une promenade dans notre jardinet ou à l’orée du causse, dans les sous-bois ou sur quelque chemin rocailleux sans que ma chère Sibelle ne se mettre à gratter le sol. Sans rien trouver a priori. Mais elle s’obstine. Au début, je m’en amusais. Puis cela m’a intrigué. Et j’ai donc fini par la questionner. « Mais qu’est-ce que cette nouvelle manie. Qu’est-ce que tu cherches, à la fin ? » Elle m’a regardé, étonnée que je sois étonné. « Mais de l’or, mon seignor ! » a-t-elle fini par me répondre, imitant Yves Montand s’adressant à Louis de Funès dans « La folie des grandeurs ». Et elle a poursuivi. « Tu serais donc le seul à ignorer que les cours de l’or battent tous les records ? » Ce qui n’est pas faux. Certains spéculent, d’autres y voient une valeur refuge en ces temps très troublés. Alors ça cogite. On dit que dans les foyers, le soir venu, certains fouillent les tiroirs en quête d’une pièce qu’un aïeul aurait pu oublier, d’un Napoléon qu’un cousin aurait donné à Oncle Untel ou Tante Machine, voire d’une dent, d’un vieux bijou. Je glisse quand même à ma belle que tout ce qu’elle risque de trouver, avec un peu de chance, c’est de l’or noir. Pas du pétrole, non, mais une petite truffe. Qui sait ? La nature a ses mystères, et il y a peut-être un chêne dans les environs dont personne n’a remarqué jusqu’alors qu’il était de ceux dont on dit qu’ils favorisent l’essor de la Tuber melanosporum ? Sibelle hausse les épaules. Je n’ose pas conclure en lui disant qu’il y a plus précieux encore que l’or dont on fait des bagues ou des lingots. Je n’ose lui dire ces mots d’André Breton, ce grand poète qui aimait tant le Lot et qui fit graver sur sa tombe, à Paris, au cimetière des Batignolles : « Je cherche l’or du temps ».
Mardi._ A Cahors, Vivien Coste, chef de file de la majorité sortante, dévoile sa liste. Elle présente une particularité assez rare : on y distingue trois anciens maires. Deux ont occupé (ou occupent jusqu’en mars) cette fonction à Cahors : Jean-Marc Vayssouze-Faure et Jean-Luc Marx. Un troisième a enchaîné deux mandats de premier magistrat dans la proche commune de Mercuès, Ludovic Dizengremel. Ma tigresse sourit. « Il y a quelque chose de touchant. Un peu comme ces parents qui s’assoient dans la voiture, tout émus et quand même un brin troublés voire inquiets, avant de confier le volant à leur enfant qui vient de passer le permis. » Je rétorque que l’important est ailleurs : ce qui compte, c’est que le chauffeur sache où aller et qu’il soit seul maître à bord.
Mercredi._ En coupe d’Europe de football, Marseille s’incline sèchement à Bruges. Contre toute attente, le club est éliminé. Aussitôt, les supporters disent leur désarroi sur les réseaux sociaux. En termes parfois très durs, voire très crus. A l’heure où l’on se dirige vers une interdiction des dits réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, ma protégée, elle-même supportrice de l’OM, se demande si elle ne va elle-même s’interdire de consulter son smartphone les lendemains de défaite. « Et ça vaut pour toi » me souffle-t-elle.
Jeudi._ On découvre que notre département va décliner de manière très riche, très plurielle (concerts, expositions, conférences…) et très festive l’année mondiale du pastoralisme. C’est l’une des grandes richesses de notre territoire, convenons-en. Quand bien même ce concept soit-il désormais galvaudé (dans les salons parisiens, sur certains plateaux TV ou bien dans des discours aux relents discutables), j’ai même envie de dire, et Sibelle avec moi, que le pastoralisme participe pleinement de « l’identité » du Lot. Il n’y a guère de petits bonheurs aussi sains, aussi apaisants, aussi convaincants de « cesser de se désirer ailleurs » (Breton, encore) que de croiser, à la belle saison, un troupeau de moutons aux lunettes noires en se promenant sur le causse. De s’assoir ensuite sur un muret de pierre sèche, et de se répéter, in petto, comme disait Gioni, cette fois : « Que ma joie demeure ! »
Vendredi._ Une nouvelle manif, une énième manif, ce samedi, est annoncée devant la gare de Limoges. Elle est organisée à l’appel du collectif des Sans Trains, qui réunit 26 associations d’usagers et de défense du ferroviaire du Massif central, de Nouvelle-Aquitaine et du nord de l’Occitanie. Parmi les Lotois qui seront présents, Frédéric Gineste, vice-président du Département du Lot en charge des Mobilités. Il explique : « Dans le Lot, chacun le constate : la situation ferroviaire est inacceptable. Trains trop peu nombreux, retards persistants, correspondances aléatoires, trains de nuit en recul… Le quotidien des usagers demeure insupportable. » Et il lâche : « Sans les nombreuses mobilisations des usagers et des élus qui maintiennent la pression sur la SNCF et le gouvernement, la situation serait pire. » Sans doute. « C’est bien la peine d’avoir eu deux présidents qui avaient leur fief en Corrèze » remarque Sibelle. Je réponds sans surprise : « C’est peut-être grâce à eux que l’autoroute A20 est restée gratuite, en tout cas jusqu’au nord du Lot, mais pour les trains, effectivement, l’héritage est plus pauvre. » Admettre que les Lotois comme les autres territoires ont raison de se plaindre est de toute façon une évidence. Mais je me souviens aussi de cette réflexion d’un élu des Ardennes (où j’ai longtemps habité et travaillé) : « Des trains nombreux et à l’heure, des TGV, même, c’est bien. Mais n’oublions pas qu’ils permettent aussi de repartir aussi vite que l’on est arrivé. »
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