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Voeux 2026 de Serge Rigal : « Notre département doit rester un bastion uni. Un bastion de la raison et de la solidarité. »

Retour sur la cérémonie des voeux du président du Département du Lot. 

Un discours de Jean Lurçat aux jeunes lycéens de Saint-Céré en 1964 en préambule (année 2026 sera l’année de l’artiste, 60ème anniversaire de sa disparition oblige). Ce jeudi 15 janvier 2026, les voeux de Serge Rigal, président du Département, ont trouvé une résonance particulière avec les mots du créateur de tapisseries. Son discours ainsi mis l’accent sur le thème de la paix : Longtemps, nous avons considéré la paix comme un acquis, une évidence, presque un confort. Aujourd’hui, force est d’admettre que nous devons la regarder comme une valeur neuve, presque en devenir.  La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre ; c’est une construction de chaque instant. Elle demande du courage, de la nuance et, par-dessus tout, le refus de la haine de l’autre. Ici, dans le Lot, nous pourrions nous croire protégés par nos vallées et nos causses, par la sérénité de nos rivières et le calme de nos bourgs. Mais l’instabilité du monde s’invite dans nos foyers par les écrans, par le prix de l’énergie ou les tensions commerciales, par l’inquiétude de nos jeunes envers le changement climatique.  Défendre la paix, c’est donc refuser que ces tensions mondiales ne deviennent des fractures locales. C’est d’abord comprendre que la paix n’est pas un état de repos, mais un effort de volonté.  Dans un monde saturé d’immédiateté, la paix exige que nous réapprenions le temps long : celui de l’écoute, du dialogue et de la médiation.  Dans nos communes, la paix commence par le respect du voisin, par la courtoisie dans le débat public. Ce dernier peut parfois être animé évidemment…  Il est bien légitime que chacune et chacun défende sa vision des choses…  Il n’empêche que chaque jour, si nous voulons être à la hauteur de l’idée même d’humanité, nous devons faire des efforts sur nous-mêmes, rassembler toujours et avoir la volonté chevillée au corps de ne pas forger sur tout et envers tous des armes de division. Oui, nous devons bâtir de la concorde, créer du commun, du vivre et du faire-ensemble. La paix, c’est donc l’exigence de la nuance là où tout nous pousse à l’affrontement binaire. La paix, c’est tout cela mais c’est aussi bien plus. C’est aussi, surtout, la justice sociale.  Oui, la paix avance dans l’intégration et l’entraide car nos consciences ne sauraient dormir tranquilles lorsque certains, à nos portes, sont dans la gêne, la détresse ou la misère. Non, il n’y aura pas de paix durable là où s’installerait l’abandon, l’injustice, la pauvreté ou l’exclusion.  Non, il n’y aura ni paix, ni République d’ailleurs, tant que demeurera de l’injustice fiscale, sociale ou territoriale. La colère des agriculteurs en est un exemple.  Si elle est particulièrement forte, notamment dans le sud-ouest, les raisons en sont connues. Malheureusement, depuis de trop longues années, nos régions agricoles, plutôt tournées vers l’élevage extensif, la polyculture et organisées autour d’exploitations familiales n’ont pas été traitées, notamment dans les critères d’attribution de la Politique Agricole Commune avec équité par rapport aux régions de France et d’Europe où l’agriculture est devenue une industrie. Ce modèle, où 80% des aides profitent à seulement 20% des exploitations qui s’en sortent le mieux est injuste et ne peut plus durer. Notre agriculture, qui produit pourtant des emplois et du bien-être dans notre ruralité ne pourra être en paix si on l’abandonne à son sort. Voilà un chantier de renouveau pour notre Nation, nation agricole s’il en est !  Sur un autre enjeu, lorsque le Département investit pour l’insertion des personnes éloignées de l’emploi, lorsqu’il soutient les plus démunis ou qu’il lutte contre l’isolement de nos aînés, nous faisons là encore œuvre de paix.  Car la paix civile se nourrit de la certitude que chacun a sa place dans la collectivité. Que chacun est considéré, que chacun compte, quel que soit son parcours, son état ou son origine. Que chacun a droit à la même dignité et que chacun a droit à un avenir. C’est donc en recréant du lien là où il s’effiloche que nous érigerons les digues les plus solides contre les violences de demain. Enfin, la paix, c’est une transmission.  Nous avons le devoir de transmettre à la jeunesse lotoise non pas une vision du monde idéalisée, mais les outils critiques pour comprendre la complexité du siècle et agir juste. En soutenant nos collèges, en favorisant l’engagement citoyen de nos jeunes, par exemple à travers les budgets participatifs, nous leur confions les clés d’une société qui démontre que le droit prime sur la force, sur l’arbitraire, sur les privilèges.  Nous leur démontrons que la fraternité n’est pas un mot gravé sur le fronton de nos mairies, mais une réalité vécue, au quotidien. Oui, pour tout cela, la paix est une « valeur neuve » et elle doit être réinventée, réappropriée, réaffermie par chaque génération.  D’autant qu’il existe un dernier péril qui menace la paix. C’est l’affaiblissement, voire la fin de la démocratie. Partout dans le monde, de plus en plus fortement en Europe, et notre pays n’y échappe pas, le chant des sirènes du repli sur soi, de l’extrémisme, de la fin de l’état de droit, des mesures radicales ou d’exception se fait aigu.  Le populisme, cette illusion qui consiste à croire que des problèmes complexes peuvent se résoudre par des slogans simplistes, étend sa toile et affirme ses solutions au grand jour, sans honte, avec éclat.  Celles-ci sont connues. Elles consistent en un viatique général qui vaudra en tout temps et en tout lieu. C’est simplement la recherche systématique de boucs-émissaires comme programme !  Les étrangers, l’Europe, le bureaucrate, le fonctionnaire, les assistés, les élus, les élites, les féministes, les pauvres, les riches, ceux qui n’ont pas la même religion, ceux qui protègent la nature, ceux travaillent la terre, les jeunes qui ne respectent plus rien, etc, etc.. Nous avons toutes et tous entendus au moins une fois de telles stupidités. Parfois, ces passions tristes sont dites sans méchanceté.  Et nous avons toutes et tous, au moins une fois, dans le silence de notre lâche soulagement, laisser dire pour ne pas froisser. Alors, gardons en mémoire une vérité. Nous pouvons tous être, un jour ou l’autre, des boucs-émissaires de tentations extrêmes. Face à cela, notre département doit rester un bastion uni. Un bastion de la raison et de la solidarité.  Oui la démocratie est fragile. La nôtre n’est pas une exception. Et la démocratie ne se résume pas à un bulletin de vote tous les cinq ou six ans.  Elle est faite de libertés publiques qu’il faut faire vivre tous les jours. De la liberté d’informer à celle de manifester, de la laïcité qui protège l’égalité devant la loi à la justice qui répare dans le droit et le déni de la vengeance. La démocratie est aussi faite d’engagements. Associatifs, syndicaux, mutualistes, philosophiques, entrepreneuriaux… Des plus petits jusqu’aux plus grands, ils sont les maillons d’une longue chaîne de solidarité et de fraternité, la chaîne de l’intérêt général. Enfin, la démocratie est tissée de principes sacrés. Liberté, égalité, fraternité. Ainsi, défendre la démocratie, ce n’est pas seulement discourir, c’est agir pour donner chair à ces principes.  C’est prouver par les faits que la puissance publique est là. Non pas au service de quelques-uns, mais bien au service de tous. » Et de conclure en évoquant 2026 : « Je ne vous parlerai pas dans le détail de la situation financières des Départements, tout le monde connaît les contraintes que nous subissons. Nous faisons face. Nous avons pris des engagements, et nous les tenons. il y a les chantiers visibles : pont de Castelfranc, côté du Cluzel, déviation de Vayrac, nouvelle caserne de Cahors, voies vertes, collège de Martel, etc..  Et il y a les chantiers invisibles. Ceux que personne ne veut voir. Surtout pas nos décideurs nationaux. Et dans le lot, il y a un domaine sur lequel je ne peux m’interdire de parler.  C’est la protection des enfants placés, des enfants en difficultés ou victimes de violences confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance du Département. Oui, un pays se juge avant tout à ce qu’il protège quand personne ne regarde. Et notre société ne veut pas regarder le drame qui se joue à l’échelle nationale dans la protection de l’enfance. Cette indifférence coupable, nous devons la combattre.  Nous devons alerter, trouver des moyens, apporter des solutions. Tout simplement parce qu’une société qui ne protège pas ses enfants fragiles abandonne son capital le plus précieux : sa jeunesse.  Alors oui nous continuerons de bâtir l’avenir du Lot par nos chantiers car pour faire vivre la démocratie, il faut avant tout respecter la parole donnée ; mais pour faire vivre la démocratie, il faut aussi, dès la racine, combattre les déterminismes, combattre les injustices et offrir à chacune et à chacun, à commencer par la jeunesse, les voies d’un demain meilleur. Cet avenir justement, je le sais plein d’espoirs car cette année, il sera synonyme de démocratie. Dans deux mois, les citoyens seront appelés aux urnes pour les élections municipales.  C’est le moment démocratique par excellence, celui de la cellule de base de notre République : la commune, échelle de nos petites misères mais de nos grandes réalisations. Je veux ici saluer les maires du Lot, avec une pensée fraternelle et chaleureuse pour celles et ceux qui vont laisser l’écharpe à d’autres.  Par votre implication, votre engagement de chaque jour, vous êtes les fantassins de la République, les hussards de cette paix civile dont je parlais en introduction.  A ce titre, dans le contexte dont j’ai parlé, ce scrutin ne sera pas une élection comme les autres.  Par l’intérêt ou le désamour que les citoyens lui marqueront en termes de participation, il sera un test de notre capacité à faire bloc contre la tentation de la division, contre le vent mauvais du renoncement.  Vous le savez, le Département demeurera, comme il l’a toujours été, le partenaire indéfectible des communes, et donc de tous les Lotois.  Je suis peut-être trop optimiste mais je suis convaincu que c’est en faisant la preuve que l’action publique fonctionne que nous ferons reculer l’abstention et que nous redynamiserons la République. Mesdames et Messieurs, ne laissons pas la peur dicter notre avenir. Mobilisons-nous tous pour nos valeurs ! Mobilisons-nous car le Lot a toujours été une terre de résistances et d’espérances. Une terre de libertés. »

> Serge Rigal a annoncé que le Département allait acquérir la célèbre tapisserie de Jean Lurçat « LA LIBERTE » et qu’elle serait exposée sur les cimaises du musée départemental de Saint-Laurent-les-Tours. 

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