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Georges Gorse, l’enfant de Cahors devenu résistant, ministre et premier ambassadeur à Alger

Fils d’un héros de la Grande Guerre, ce gaulliste de gauche fut un résistant de la première heure en 1940 puis un homme clé de la décolonisation…

L’information glaçante est ainsi publiée dans le Journal du Lot en date du 10 juin 1921 : « Nécrologie._ Nous avons appris avec une vive peine le décès, à la suite d’un accident, de M. Gorse, l’un des fils de l’ancien chef de section du P. O. à Cahors, qui a laissé dans notre ville d’unanimes sympathies. L’accident est survenu à Wiesbaden. M. Gorse et sa jeune femme étaient en automobile. A un tournant, la voiture capota et écrasa les deux voyageurs. M. Gorse, employé au service du Contentieux du P. O., servit au 207e pendant la guerre, et fut promu capitaine. Plusieurs fois cité à l’ordre du jour il fut fait chevalier de la Légion d’honneur pour sa brillante conduite devant l’ennemi. Après la guerre il s’installa à Paris où il dirigeait une grosse entreprise de transports automobiles. II laisse un enfant de 6 ans. Nous prions la famille éplorée et en particulier ses frères : l’un, ancien élève de Polytechnique, également fait chevalier de la Légion d’honneur pour sa belle attitude pendant la guerre ; l’autre, sous-inspecteur de l’enregistrement à Cahors, aussi titulaire de la Croix de guerre, de vouloir bien croire à l’expression de notre très vive sympathie. »

Cet enfant de 6 ans, c’est Georges Gorse. Son père, Maurice Henri Joseph Gorse, décédé quelques jours avant son 34ème anniversaire, lui laissa en héritage un état d’esprit exemplaire. Ce qu’on pourrait appeler l’étoffe des héros. Quant à sa mère, décédée dans ce même accident, elle lui offrit post-mortem de gagner de nouveaux horizons. Ce sont en effet ses grands-parents maternels, vendéens, qui recueillent le gamin né à Cahors en pleine guerre, le 15 février 1915. Ce drame précoce allait sublimer le jeune Georges.

Entamées sur le littoral atlantique, ses études brillantes l’amènent à découvrir Paris où il est élève au lycée Louis-le-Grand. Il intègre l’École normale supérieure en 1936, devient agrégé des lettres en 1939, puis enseigne en 1939-1940 au lycée français et à l’université du Caire. C’est en Egypte que la Seconde guerre le happe. Mais fidèle à l’esprit de ses parents, il ne tergiverse pas. Georges Gorse se rallie dès 1940 à la France Libre. Il va enchaîner les missions de confiance (en Afrique du Nord et en URSS) et devenir un proche du général De Gaulle (directeur-adjoint de son cabinet à Alger). A la Libération, il sillonne le Proche-Orient, toujours pour le compte du gouvernement provisoire du chef de la France Libre. Et vient dès 1945 le temps de s’engager en politique. Il choisit de se présenter en Vendée, où sa grand-mère vit toujours. Il y est élu conseiller général puis député SFIO en octobre 1945, ce qui n’est pas un mince exploit dans ce département ancré à droite. Gaulliste de gauche mais hostile à toute alliance avec le PCF de Thorez, Georges Gorse se spécialise à l’Assemblée dans les question internationales. Et les premiers conflits annonçant la décolonisation. C’est ainsi que son premier portefeuille ministériel relève d’un intitulé qui étonnerait évidemment de nos jours : en 1946, il est secrétaire d’État aux Affaires musulmanes du gouvernement Blum…

Un homme de réseaux

Suivent des revers électoraux mais le Lotois continue d’entretenir son réseau en Afrique, au Proche comme au Moyen-Orient et il est sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-mer quelques mois en 1950. Son entregent fait bientôt de lui un acteur incontournable des différentes étapes de la décolonisation en Afrique du Nord : il est émissaire auprès de Nasser et Guy Mollet lui confie la mission d’établir des contacts avec les nationalistes tunisiens et algériens en 1956… Quand le général De Gaulle est rappelé en 1958, ce fidèle est aussitôt à son service. On lui prête des négociations secrètes avec le FLN tout en représentant la France auprès des communautés européennes. Revenu au gouvernement en 1961, c’est l’homme de la situation pour devenir, en janvier 1963, le premier ambassadeur de France à Alger. Il le reste jusqu’en 1967, date à laquelle il est réélu député, mais à Boulogne-Billancourt cette fois, et sous l’étiquette UDR. Il le restera jusqu’en 1988, cumulant avec le fauteuil de maire de 1971 à 1983…

Mais Georges Gorse le spécialiste des affaires délicates conserve la confiance des présidents successifs et de leurs Premiers ministres. Quitte à s’opposer à la « Françafrique » de Jacques Foccard. Il est l’envoyé spécial de la France dans nombre de sommets officiels ou officieux… Durant cette dernière période de sa vie politique, il occupa quelques fonctions ministérielles. La plus singulière date de 1968 : il est en charge de l’Information durant les événements de mai ! On le voit apparaître alors sur les antennes de l’ORTF pour « rassurer » le bon peuple tout en essayant de calmer la fronde, en coulisse, des journalistes vedettes de la télé de l’époque héroïque !

Une vie en forme de roman

Le petit orphelin né dans le Lot en a parcouru, du chemin. Au propre comme au figuré. Résistant dans l’âme, gaulliste dès 1940, socialiste, gaulliste de gauche puis de nouveau gaulliste tout court, la vie de Georges Gorse, commandeur de la Légion d’Honneur et médaillé de la Résistance fut un roman. Rien d’étonnant à ce qu’il épousât une romancière, Nadine, fille d’un ministre du roi Farouk.

Georges Gorse lui même écrivit plusieurs ouvrages dont l’un, « Je n’irai pas à mon enterrement », publié chez Plon (éditeur historique du Général…), était ainsi résumé : « Ce recueil de nouvelles explore les thèmes de la mort, de l’absurde et de l’étrangeté. Les histoires, teintées d’humour noir et de fantastique, mettent en scène des personnages confrontés à des situations insolites et dérangeantes. Entre satire sociale et réflexion philosophique, l’auteur nous entraîne dans un univers singulier où le réel et l’imaginaire se confondent. Un recueil surprenant qui interroge notre rapport à la mort et à la folie. » Un livre pas comme les autres, à l’image de cette vie singulière. Georges Gorse n’a pas, de fait, assisté à son enterrement. Mais décédé en mars 2002, il est aussitôt entré dans l’Histoire. Par la grande porte.

Ph.M.

Sources : Archives nationales, Maitron en ligne.

Photo : Georges Gorse intervient à la télévision en mai 1968 pour rassurer les uns et mettre en garde les autres… Capture d’écran INA.

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